La dot : symbole ou business ?

La dot : symbole ou business ?

février 10, 2012  |  Goma

La dot, ensemble de biens qu’offre symboliquement l’époux à la famille de sa fiancée, prend des allures de plus en plus commerciales à Goma.
Traditionnellement, la dot constituait une sorte de récompense à la famille qui a pris soin de la mariée. Si la dot est essentiellement régie par la coutume, elle constitue néanmoins un préalable obligatoire à tout mariage civil ou religieux.

La nature des biens offerts diffère d’une tribu à une autre. Cependant, la majorité des groupes ethniques s’accorde pour y inclure du bétail: des chèvres ou des vaches selon la coutume. Seuls quelques biens particuliers font la différence dans telle ou telle autre tribu. Différence souvent attachée a l’histoire même ou les préférences de ladite tribu. Chez les Rega par exemple, la lance et l’arc ne doivent en aucun cas manquer parmi les biens de la dot. Ceci est lié au fait qu’historiquement ce peuple vivait de la chasse. De nos jours, ce qui constituait la vraie dot dans la société traditionnelle ont une toute autre tournure.

Des biens autrefois offerts en nature pour donner plus de poids a la tradition, se demandent désormais en espèces sonnantes et trébuchantes. Le prix se discute comme au marché et malheur à celui qui n’a pas la somme demandée. De nos jours, plus une fille a étudié, plus la dot semble élevée. Un diplôme étant considéré comme une valeur ajoutée.

Aline RAMAZANI, 24ans, est étudiante dans une institution supérieure de la place. Elle s’insurge contre ce qu’elle qualifie de commerce camouflé.« De nos jours les parents ont perdu la vraie signification de la dot. Lorsqu’un jeune homme veut épouser une fille, la fille est sujette à marchandage. Les familles demandent des chèvres, et comme tout le monde ne peut pas élever des chèvres, ils en demandent en espèce et au prix de 150 a 200$ pièce, au lieu de 50 a 60$ sur le marché ! Qu’ils arrêtent de nous prendre pour des casseroles, des sacs de pommes de terre ou de l’or sur lesquels il faut marchander ! »

Cette situation pousse les jeunes hommes, pour la plupart sans emploi fixe, à opter pour le raccourci: il s’agit de fameuse pratique dite « Kurendeza » en langue vernaculaire (entendez par là, le fait de prendre une fille et vivre avec elle en concubinage). « Les moyens dont je dispose sont de loin inferieurs à ceux exigés par la belle famille. Dans ce cas je n’ai d’autre choix que de prendre celle que j’aime en douce pourvu que nous soyons unis par le cœur et non les billets verts ! » clame Fabrice, mécanicien et « marié » (officieusement) depuis 2 ans.

Les filles ne sont pas en reste. La plupart fustigent le phénomène. Eulalie Ngango, vendeuse au marché de Mapendo Birere, est catégorique sur ce point : « Si mes parents refusent de prendre le peu que leur donne mon futur mari, Je m’enfouis avec lui, je ne peux pour rien au monde quitter mon mec parce qu’ils le rejettent par cupidité. »
Pour Eugénie, finaliste en option pédagogique, un peu de chantage face à cette pression serait une bonne correction : « Soumis à cet ultimatum, ils n’accepteraient surement pas de perdre la fille qu’ils chérissent et le peu que donne mon fiancé ; ils seront obligés d’accepter l’argent ou de perdre les deux. »

L’amour est aveugle disent les poètes, mais pour certains parents à Goma, celui-ci doit souvent voir là où il y a plus d’argent.

Rafiki Nzita King



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