« Je travaillerai donc avec tous les compatriotes qui ont la passion du Congo et qui veulent sincèrement œuvrer à sa modernisation. Au service dela Nation, il n’y a point de camp politique ». C’est ainsi que le président Kabila, proclamé élu parla Cour Suprêmede Justice, avait terminé son discours d’investiture. En tenant ces propos, il a semblé entrevoir l’éventualité de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale réunissant l’opposition et la majorité au pouvoir.
Bien avant le discours du président, une partie de l’opposition réclamait la mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale. Les candidats malheureux à la présidentielle Adam Bombole, Mbusa Nyamwisi et Kengo Wa Dondo avaient alors proposé à la classe politique congolaise de faire annuler le scrutin du 28 novembre et de constituer un gouvernement réunissant toutes les tendances pour organiser d’autres élections « plus crédibles » dans un délai « réaliste ».
Comme pour couronner le tout,la Voixdes Sans Voix une ONG congolaise très influente, demande à son tour l’organisation d’un nouveau scrutin après une transition durant une période « raisonnable ». l’Eglise catholique a à son tour appeléla Cénià « corriger les erreurs » tout en lançant à la classe politique congolaise un appel au dialogue.
Si cette tendance se poursuit, visiblement l’on s’achemine vers un partage du pouvoir entre la majorité au pouvoir et l’opposition. Cette solution rappelle celle qui avait mis un terme aux violences postélectorales au Kenya mais aussi plus, récemment au Zimbabwe. Si cette éventualité fait son chemin au sein de la classe politique congolaise, la question qu’on peut se poser est celle de savoir comment les congolais ordinaires réagissent vis-à-vis de ce schéma qui se profile à l’horizon.
Agnès Kabamba est une femme au foyer. Elle a encore en mémoire les dysfonctionnements du gouvernement dit de 1+4. Selon elle, « le peuple congolais s’est déjà exprimé par les urnes et a reconduit le président Kabila ». Pas question donc de former un gouvernement d’union nationale qui risquerait d’avoir les mêmes « lourdeurs » que le système 1+4.
Pour rappel, le 1+4 est la formule inédite que les congolais avaient acceptée pour mettre fin à la guerre en 2003. Le président Kabila avait dû alors composer avec quatre vice-présidents et un gouvernement pléthorique et hétéroclite. Mais pour autant, cette formule tant critiquée s’avéra salutaire pour le pays : non seulement elle mit fin à la guerre mais elle permit l’organisation d’élections crédibles et acceptables.
Du côté des militants de Tshisekedi, le discours est pratiquement le même. La mise sur pied d’un gouvernement d’union nationale est inacceptable. Convaincus de la victoire de leur candidat, ils réclament simplement qu’il soit investi. « Nous attendons l’entrée en fonction du président Tshisekedi. Il va mettre sur pied son gouvernement en concertation avec les autres opposants », dit Pascal Tshibanda, membre de la jeunesse de l’UDPS de Tshisekedi. Ici aussi donc, pas question de gouvernement d’union nationale.
Etienne Muhindo est un étudiant de Goma. Il affirme militer dans une formation politique d’opposition. Dans le quartier populaire de Birere où il vit, il discute avec ses amis de la situation politique du pays. Pour lui, le scrutin du 28 novembre était tellement entaché d’irrégularités et de fraudes qu’il faut simplement l’annuler. « Mettre sur pied un gouvernement d’union nationale permettra d’associer toutes les tendances à l’organisation de nouvelles élections acceptables par tous ».
Selon un membre du cabinet d’un ministre provincial du Nord-Kivu qui a requis l’anonymat, des « discussions au plus haut sommet » étaient déjà engagées entre les acteurs politiques dès le lendemain du scrutin. L’objectif de ces tractations serait notamment de trouver des « voies et moyens pour éviter des violences postélectorales ». Si l’on en croit ses propos, rien ne serait moins surprenant que de voir sortir un gouvernement de large union nationale au terme de ce processus électoral jugé « pas crédible » par la majorité des observateurs.
Au lendemain de la « prestation de serment » d’Etienne Tshisekedi, le principal opposant de Kabila, qui s’est autoproclamé président, les risques de voirla RDCsombrer dans une longue crise se pointent à l’horizon. Avec l’intransigeance légendaire reconnue au vieux leader congolais, même une solution de partage de pouvoir ne semble pas réaliste. Convaincu de sa victoire, il ne se contentera vraisemblablement pas d’un poste de premier ministre comme cela fut le cas pour Raila Odinga au Kenya. Du coup, l’éventualité d’une solution à la « kenyane » demeure une hypothèse théorique…
Poly Muzalia
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