Le « daoulage » est un phénomène en pleine expansion à Goma. Il s’agit d’une pratique consistant à se raccorder frauduleusement au réseau de distribution du courant électrique. En clair, le « daoulage » est purement et simplement un « vol » d’électricité. Le terme « daoulage » provient du verbe « dahula » en Shi, une langue locale. Cela signifie littéralement « prendre du feu chez le voisin ».De Birere à Ndosho, de Mabanga à Katindo, pratiquement tous les quartiers de la ville sont concernés.
Dans une ville où seuls quelques privilégiés ont accès à l’électricité, nombreux sont les gens qui sont prêts à tout pour se procurer cette denrée rare. Quitte à enfreindre des lois. Pour ces « daouleurs », les factures de la SNEL (Société Nationale d’Electricité) sont hors de prix. Pourtant, ils tiennent absolument à avoir du courant chez eux. Ils estiment alors plus pratique de s’alimenter en prenant de l’énergie chez un voisin régulièrement abonné. L’électricité passant à travers un câble discrètement glissé sous terre.
Birere est un quartier populaire de Goma. Ici, la plupart des maisons -qui sont en réalité des taudis- ne sont pas officiellement raccordées au réseau de la SNEL. Pourtant, la majeure partie d’entre elles sont électrifiées. Leur secret : le « daoulage ». Ici, certains jeunes du quartier sont devenus experts en la matière. Dépourvus pour la plupart d’une quelconque formation en électricité, ils n’hésitent pourtant pas à se connecter eux-mêmes. Pour ce faire, ils utilisent souvent des câbles pas toujours convenablement isolés. Ceci cause de multiples cas d’électrocution et justifie également, en partie, le taux élevé d’incendies dans le quartier. Malgré les risques encourus, chaque jour qui passe, le nombre de « voleurs d’électricité » ne cesse d’augmenter.
Mitima, alias « Vieux Mit » est un habitant de Birere. Devant sa « maison », il joue aux dames avec des amis. Visiblement, ils sont sans emploi. A l’intérieur, la radio tourne à plein régime : il a sûrement du courant. Lorsque je lui pose la question de savoir s’il a l’électricité chez lui, il hésite. Il pense que je suis un agent de la SNEL venu l’espionner. Ce n’est qu’après qu’il reconnaît être un « daouleur », expliquant qu’il n’a pas les moyens pour régler ses factures de courant. « Avant, j’étais un abonné de la SNEL. Mais à cause des factures impayées, ils m’ont coupé le courant ». C’est alors qu’il a jugé bon de prendre un peu de courant chez l’un de ses voisins.
Willy Watina est un agent commercial de la SNEL. Le phénomène causerait à sa société un manque à gagner de plusieurs milliers de dollars chaque mois, selon ses dires. « Chaque fois que nous attrapons un « daouleur », nous arrachons simplement les câbles », affirme-t-il. Il en reconnaît en mêle temps le fait que cette sanction n’est pas de nature à décourager les « daouleurs ». Pour la SNEL, il serait plus efficace que les auteurs de ce type d’infraction soient carrément déférés devant les cours et tribunaux.
Face aux risques que représentent les raccordements frauduleux, il semble de plus en plus urgent que les autorités se penchent sur la question. En effet, pendant la saison des pluies, les cas d’électrocution se multiplient. Très souvent, il s’agit de câbles mal isolés par des « daouleurs ».
Poly Muzalia
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